Non aux débats stériles
C’est le 1er mai qu’entrera pleinement en vigueur l’accord sur la libre circulation des personnes avec huit nouveaux états de l’UE. En parallèle, articles, livres et interventions parlementaires replacent tant ce principe que la question de l’immigration au centre du débat politique. Une bonne occasion pour en tirer un bilan intermédiaire.
Autant l’écrire tout de suite: la libre circulation des personnes est un succès. D’abord parce qu’elle a représenté et représente une véritable opportunité pour les travailleuses et travailleurs suisses, les étudiant-e-s et les personnes en formation. Une chance qu’ils n’ont pas manqué de saisir: plus de 400'000 Suisses vivent et travaillent dans l’Union européenne. Ensuite, la Suisse a considérablement profité de la libre circulation des personnes. Sans elle, la croissance économique serait moindre et le chômage supérieur. Par ailleurs, elle influence également la santé de nos assurances sociales dans la mesure où les ressortissant-e-s de l’UE contribuent plus à l’AVS qu’ils n’en bénéficient. Enfin, certains secteurs comme la santé ou l’hôtellerie seraient confrontés à une grave pénurie de personnel sans la libre circulation des personnes.
Il n’en demeure pas moins que ce succès est indissociable des mesures qui l’accompagnent et visant à atténuer ou à prévenir les effets indésirables de la libre circulation des personnes. Des problèmes qui concernent essentiellement les trois domaines suivants:
- Marché du travail : dès le départ, le PS s’est engagé à faire en sorte que les employeurs soient contraints de verser, à leurs employé-e-s provenant de l’UE un salaire identique à celui des Suisses. Incontestablement, des lacunes demeurent et c’est pourquoi il faut absolument introduire de véritables possibilités de sanctions à l’encontre des entreprises pratiquant le dumping, des instruments et des compétences supplémentaires pour les contrôleurs ainsi que de plus strictes prescriptions à l’égard des faux indépendants. Sans oublier un salaire minimum national.
- Marché du logement : ces dernières années, le soutien public en faveur de logements abordables s’est passablement étiolé avec les conséquences que l’on connaît aujourd’hui. Il faut donc investir des moyens supplémentaires pour le logement social, améliorer les droits des locataires, encourager fortement la constitution de coopératives d’habitation de même qu’un immobilier socialement et écologiquement responsable.
- Intégration : une politique active en la matière est plus que jamais nécessaire – avec la contribution des collectivités publiques mais aussi des personnes étrangères.
Le débat sur la libre circulation des personnes et ses conséquences est donc indispensable. Pour autant qu’il s’attache à la recherche de solutions et non à la seule litanie des problèmes posés. Des discussions stériles ne mèneront nulle part. La Suisse profite de la libre circulation des personnes et la population y a donné son accord par trois (!) fois en votation. Dès lors, son abrogation relève du phantasme. Néanmoins, son introduction a effectivement révélé certaines faiblesses helvétiques et ce sont celles-ci comme leur résolution dont il convient de débattre. Pour sa part, le PS s’y est toujours engagé. En 2000 déjà, dans une intervention parlementaire, il relevait que la libre circulation des personnes n’aurait pas seulement des incidences « sur le marché du travail mais aussi dans d’autres domaines comme le logement, la formation, l’environnement et les transports » et exigeait des mesures d’accompagnement spécifiques. Nous y sommes. Un peu tard, certes, mais la démarche n’a rien perdu de sa pertinence.
Malheureusement, l’UDC n’est pas intéressée à solutionner les problèmes. A l’image de son ancien président Ueli Maurer qui indiquait, voici quelques années: « j’aurais pu être en faveur de la libre circulation, mais sans mesures d’accompagnement ». Même analyse pour l’idéologue Ulrich Schlüer qui jugeait alors que l’accord sur la libre circulation des personnes allait faire de la Suisse un « pays à salaire minimum ». A ce jour, l’UDC n’a pas changé d’avis. La sous-enchère salariale ne l’intéresse pas. Pas plus que l’intégration. Et c’est son engagement en faveur des forfaits fiscaux comme pour une imposition aussi faible que possible des entreprises (la semaine dernière au Conseil national) qui – paradoxalement – attire, sur sol suisse, de grandes entreprises étrangères et leur personnel. Sans mesures d’accompagnement suffisantes, évidemment … Car cette politique de dumping fiscal que prône l’UDC prive l’Etat des moyens nécessaires au service public, au contrôle du marché du travail, à l’encouragement du logement ou à une intégration réussie. Cela relève donc de la propagande pure et simple. C’est aussi symptomatique d’une politique dans l’intérêt d’une poignée de privilégiés plutôt que de l’ensemble de la population qui aurait – elle - tout à gagner d’une libre circulation encadrée par de strictes mesures d’accompagnement.
Reste à espérer que le PLR et le PDC ne se laisseront pas influencer par cette propagande et prêteront la main – avec le PS – à la mise en œuvre d'une politique qui s’attaque aux vrais problèmes plutôt que de s’égarer dans des débats stériles.







Commentaires
Non aux débats stériles
mercredi 20 avril 2011 16:24:43
Emma Martin