Pas de nouveaux avions pour brasser de l’air

L’armée aurait-elle des vertus hypnotiques pour certains membres du Conseil des Etats ? Il est en tout cas surprenant, voir même hallucinant de constater la générosité avec laquelle la Chambre haute lui octroie un chèque en blanc, qui n’a même pas été demandé. Ainsi, sa majorité n’a pas rougi en ne fixant pas de plafond au budget de l’armée, n’a pas eu l’ombre d’un remord en décidant le principe de l’achat de nouveaux avions au prix de sacrifices énormes dans les autres Départements. Car il ne faut pas se leurrer, les 5 milliards nécessaires ne tomberont pas du ciel, et il faudra des coupes drastiques dans la formation, la santé, les assurances sociales ou encore les transports. Mais cela ne préoccupe pas la majorité bourgeoise de la Chambre, qui a également cédé aux sirènes de l’industrie de l’armement.

Oser exiger 22 nouveaux avions, tout de suite, et sans avoir toutes les cartes en main, cela s’apparente à un caprice. Cela en devient même ridicule si l’on compare la dotation future de notre pays qui se situerait à 56 appareils, soit 4 fois plus que l’Autriche. Même surarmement grotesque en matière de chars de combats, avec actuellement 25 fois (!!!) plus que la Finlande. La majorité du conseil des Etats a même poussé le bouchon un peu plus loin en accordant un budget illimité (pas de plafond) au lieu de 4,4 milliards demandés par le Conseil fédéral. La santé, les assurances sociales, la formation et les transports ne bénéficient jamais de tels cadeaux-surprises. Au contraire, ils devront participer à la facture finale en se serrant la ceinture avec des programmes d’économies pour digérer cette folie dépensière dont l’armée bénéficie aujourd’hui.

Une armée qui a du sens, avec identification des risques
Vouloir faire la meilleure armée du monde, c’est non seulement cher, mais c’est illusoire pour un pays comme la Suisse. Dépenser env. Fr. 2’600.- par famille pour acheter de nouveaux avions est totalement indécent. L’argument des effets sur l’économie est très discutable. Alors que certains milieux parlent de compensation d’achats de 100%, le Contrôle fédéral des finances indique qu’elle ne dépasserait pas 40%. Il est par contre indéniable qu’une telle somme allouée aux familles aurait un effet bien plus positif sur l’économie de notre pays.

Avec le soutien du Conseil fédéral, la minorité se pose en adulte raisonnable et conscient de la réalité helvétique. L’armée doit répondre aux réelles et actuelles questions de sécurité, avec des investissements qui soient ciblés. Il faut mettre en valeur ses compétences et s’allier quand cela est plus efficace. L’armée de demain se doit de tenir compte des nouvelles menaces qui mettent en danger la sécurité de notre pays. Des menaces qui ne sont plus celles de la Guerre froide, mais qui s’appellent désormais notamment terrorisme et cybercriminalité. C’est à cela que l’armée suisse doit se préparer. Et les nouveaux avions sont simplement hors sujet !

Garder les pieds sur terre
Dans ce contexte, c’est la minorité de gauche qui se retrouve à donner des leçons de respect des budgets. Avec 80'000 hommes, Fr.4,4 milliards, le refus de nouveaux avions, l’accent mis sur la coopération, le transfert de certaines tâches aux corps de police et une meilleure prise en compte du service civil, personne ne peut nous soupçonner d’antimilitarisme. Il s’agit uniquement de rationnaliser et de construire une armée adaptée aux menaces de notre époque.

La Suisse, une pièce du puzzle
Etre actif et non passif en termes de coopération militaire, c’est aussi une vocation de notre pays. « La sécurité par la coopération » fait partie des objectifs du Conseil fédéral, ce qui reste totalement théorique pour l’instant, en raison de l’obstruction de quelques uns, qui font barrage. Or, la minorité de la commission de la sécurité est convaincue de l’utilité de la coopération internationale. La Suisse a tout à gagner à coopérer plus activement, notamment au sein de la Politique commune de sécurité et de défense qui est devenue un forum de coopération dynamique au sein duquel s’élaborent les réponses des pays de l’Union aux défis de paix et de sécurité.

Le service civil, un allié, pas un ennemi
Il n’y a pas de hiérarchie à tenir entre armée et service civil. Or, c’est l’impression qui se dégage du rapport sur l’armée. Le service civil fait office de parent pauvre. Il ne s’agit pas de les mettre en concurrence, mais en cohérence pour que l’ensemble donne corps à la volonté d’engagement des jeunes pour leur pays. Quelle que soit la manière.

Budget raisonnable, mission adaptée aux menaces de notre époque, pleine reconnaissance du service civil et vision d’ensemble, tels sont les objectifs à atteindre dans le domaine de la sécurité, plutôt que d’engloutir des milliards inutilement dans de la « ferraille ».

Commentaires

Souhaitez-vous continuer avec la version optimisée pour votre téléphone portable?