Un échec politique

« L’augmentation du temps de travail pour un salaire identique » et « dans les cas extrêmes, une baisse des salaires limitée dans le temps ». Ce sont les mesures suggérées par le patron des patrons Thomas Daum. Parce que la situation est « dramatique ». Effectivement. Mais il tout aussi dramatique de constater que cette situation était prévisible et que rien n’a été entrepris pour y remédier.
Début 2011: l’euro est à environ 1 fr.30. Le conseiller fédéral Johann Schneider-Amman convoque une réunion sur le franc fort. Résultat : « le but de cette réunion était d’analyser la situation en relation avec le système monétaire. Cet objectif a été atteint ». Début juillet: l’euro est à 1 fr.25. Réaction du gouvernement: « Le Conseil fédéral suit de près l'évolution économique. En cas de dégradation de la situation, il y aura lieu de discuter des mesures à prendre ». Mi-juillet: l’euro est à 1 fr.15. Réaction du gouvernement: « le Conseil fédéral prend au sérieux les charges croissantes (…) et il analyse la situation en continu. Aucune mesure d'urgence n'a toutefois été décidée aujourd'hui ». Début août: l’euro est à 1 fr.10. Réaction du gouvernement: « Le Conseil fédéral a pris connaissance des dernières analyses la fermeté du franc suisse et leurs possibles conséquences pour l'économie du pays ». 8 août : l’euro est à 1 fr.08. Réaction du gouvernement: le Conseil fédéral s'est penché sur la situation du franc fort. Il s'est réuni à Berne à l'occasion d'une séance extraordinaire pour faire le point. Il va continuer de s'occuper de ce thème au cours des prochaines semaines ».
Analyser, prendre connaissance, suivre de près, mais agir: jamais. Pourtant, la marge de manœuvre existe et des mesures potentielles ont été évoquées. Précisément depuis le mois de janvier. Certes, il est toujours un peu ambigu d’avoir rétrospectivement raison et surtout de le faire savoir. Mais tout de même: le 13 janvier de cette année, dans le cadre d’une conférence de presse, le PS a mis en garde contre les conséquences d’une appréciation du franc et formulé six propositions pour l’endiguer. 1. Proscrire la spéculation 2. Introduire des intérêts négatifs 3. Défendre une cours de change fixe 4. Examiner la possibilité d’arrimer le franc à l’euro 5. Redistribuer les gains de change. 6. Taxer les transactions financières. Six propositions qui sont toujours aussi actuelles qu’elle l’étaient au début de l’année. Seulement voilà, ces mesures sont aujourd’hui plus difficiles et plus chères à prendre qu’à l’époque.

Le Conseil fédéral, la Banque nationale et les partis de droite ont eu plus d’un semestre pour agir. Ils n’en ont rien fait quand ils n’ont pas brocardé les mesures socialistes: « activisme superflu », « interventionnisme choquant » ou « stupidité sans nom » ont ainsi figuré parmi les qualificatifs réservés par la droite à nos propositions. Le vice-président de l’UDC Christoph Blocher, par exemple, n’a pas eu de mots assez forts pour considérer que la BNS devait des garder de toute intervention sous peine de faillite et de faire perdre des milliards au peuple suisse.
 Aujourd’hui, le peuple suisse perd effectivement des milliards. Non en raison d’un surcroît d’interventions, mais bien de leur absence. Et ceux-là mêmes qui condamnaient nos solutions les reprennent à leur compte aujourd‘hui. De l’arrimage du franc à l’euro à l’introduction d’intérêts négatifs en passant par la détermination. Reste que leur longue apathie commence à nous coûter très cher.

 Ne rien faire pendant des mois revient à nier le rôle majeur que doit jouer la politique. Comme l’indiquait le conseiller national radical Philipp Müller au mois de janvier déjà: ce serait encore pire « si la politique s’en mêlait ». Manifestement, la foi aveugle dans le marché survécu à la dernière crise financière et économique. Suivre les dernières propositions du patronat signerait l’ultime déclaration d’impuissance de la politique selon ce redoutable schéma : nier le problème, tergiverser, analyser, ne rien faire et – en définitive – fait payer les pots cassés aux travailleuses et aux travailleurs. Effectivement, ce serait pour le moins dramatique.

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