La majorité de droite du Grand Conseil genevois lâche les travailleurs de la construction
La droite et la gauche vantent les mérites des accords paritaires et glorifient parfois la paix du travail. Depuis 1940, la branche de la construction bénéficiait, en Suisse, d’une convention collective. Cet accord paritaire concerne 90’000 travailleurs, dont 4’700 à Genève. Cette convention est l’une des plus importantes de la Suisse.
En mai 2007, la Société suisse des entrepreneurs, sous l’impulsion de sa section zurichoise, très proche de l’UDC blochérienne, a décidé de shooter cette convention, sans discussion avec les syndicats.Cette cassure de l’équilibre social est évidemment néfaste pour les travailleurs de la branche, mais aussi pour les entreprises elles-mêmes. Le désordre social est épouvantable pour tout le monde.
Cette rupture du contrat social met en danger les relations entre la Suisse et l’Union européenne. Les syndicats avaient soutenu les accords bilatéraux avec l’UE avec des garde-fous contre le dumping social. Sans convention collective, les portes s’ouvrent à tous les abus. Quelle sera la réaction syndicale à l’orée du vote, en 2009, pour le maintien de la libre circulation des personnes ?
Le catalogue des effets négatifs possibles est rude contre les travailleurs. Au programme, nous retrouvons comme risques potentiels : la déréglementation du temps de travail, la suspension du salaire minimal, l’arrêt du 13ème salaire, la restriction des vacances, la diminution des prestations pour les maladies de longue durée, la restriction de la protection contre les licenciements abusifs, la fin des compensations du travail du week-end ou le frein à la retraite anticipée.
Pour soutenir la conclusion d’une nouvelle convention collective, sous l’impulsion de Véronique Pürro, nous avons déposé une motion au Grand Conseil genevois qui invitait le Conseil d’Etat à :
intervenir rapidement et fermement auprès des autorités politiques fédérales compétentes, ainsi qu’auprès de la section genevoise de la Société suisse des entrepreneurs (SSE), afin que cette dernière revienne sur sa décision de dénoncer la convention nationale du secteur principal de la construction ;
n’attribuer les travaux publics cantonaux qu’aux entreprises qui acceptent de s’engager formellement à respecter la totalité de la convention nationale et de la convention collective cantonale pendant toute la durée des travaux et l’année qui suit ;
intervenir auprès des communes et des régies publiques genevoises pour qu’elles en fassent de même ;
communiquer tous les procès-verbaux d’ouverture des soumissions aux partenaires sociaux et à les informer des adjudications attribuées.
Le Conseiller d’Etat radical genevois, en charge de l’emploi, avait déclaré, à juste titre, au journal « Le Temps » : « Plus d’un mois sans convention nationale, ce n’est pas possible. Si les parties n’arrivent pas à un accord national, je ferai mon possible pour qu’une solution cantonale pallie ce vide. II est regrettable que cette convention, lourde de symboles, ait été dénoncée. II est plus vite fait de rompre la confiance que de la construire. » Je lui demande, lors de mon intervention, de confirmer ses propos en soutenant notre motion, ce qu’il décline immédiatement.
Les patrons genevois avaient comme slogan : « Quand le bâtiment va, tout va ! ». Ils avaient raison. Nous encourageons la droite et les représentants des syndicats patronaux au parlement à soutenir notre motion, eux qui affirment militer activement pour la conclusion d’une convention collective, du moins à Genève. Sans succès malheureusement !
Toute la droite balaye notre projet !
Christian Brunier, député