La restructuration du réseau postal ne doit pas se faire au détriment du personnel
Ces deux prochaines années, La Poste a
l’intention de restructurer radicalement
son réseau d’offices de poste dans le
cadre du projet YMAGO. Ce projet,
permettant d’économiser 50 millions de
francs par an, conduira à la suppression
de plus de 500 emplois et n’apportera
aucun avantage aux clients de La Poste.
Ymago kesako ?
Environ 2’100 offices de poste seront
déclassés en succursales dont la gestion
administrative sera assurée par 206
offices principaux. La Poste veut aussi
créer près de 200 agences intégrées aux
épiceries de village : réduction des
prestations et des conseils à la clientèle ;
plus de versements en espèces possible ;
les exploitants des agences de La Poste
seront insuffisamment rémunérés ; deux
tiers des agences postales actuelles ne
survivront que grâce aux subventions des
communes.
Le directeur général de la Poste, notre
camarade Ulrich Gygi, explique la mise
en oeuvre du projet Ymago par les défis
qui attendent le géant jaune à l’avenir.
Mais il n’y a pas de solution innovante
qui émerge des propositions de La Poste.
On y évoque l’amélioration de la vente et
le conseil à la clientèle, qui rappelons-le
concerne également les bonbons et autres
gadgets dont les offices se sont garnis ces
3 dernières années (tout ce qui fait fuir les
parents de jeunes enfants). On n’y
développe pas de nouveaux services à la
clientèle pour palier des besoins de
proximité par l’innovation (cyberposte,
ticketing, etc.). Des services spécifiques
au public auraient pu ainsi être négociés
avec les autorités...
Les employés refusent le projet
Les employés de La Poste refusent le
projet Ymago. Les postiers estiment que la
réorganisation ne doit pas se faire sur leur
dos et exigent que la restructuration se
fasse sans licenciement. La réduction de
postes touchera surtout les employés
travaillant à temps partiel, pour la plupart
des femmes aux guichets. Le personnel du
guichet sera soumis à une pression accrue,
qui n’a cessé d’augmenter ces dernières
années. De nombreux employé-e-s se
plaignent en effet des pressions toujours
plus fréquentes dont ils font l’objet.
Les socialistes mécontents
Le Parti socialiste suisse a déjà annoncé
qu’il était sceptique par rapport au modèle
des agences prôné par la Poste. Avec ce
modèle, le service public - y compris la
possibilité de faire des paiements en
espèces - risque de ne plus être garanti à
un niveau de qualité suffisant dans toutes
les régions. Le modèle des agences peut
aussi avoir pour conséquence que des
communes, la plupart du temps
financièrement faibles, soient invitées de
plus en plus souvent à participer aux coûts
non couverts des offices postaux, ce qui est
contraire au principe essentiel du
financement solidaire du réseau.
La Poste a obtenu de bons résultats
financiers ces dernières années. Il n’y a
donc aucune urgence à réaliser des
restructurations incisives sur le dos du
personnel et au détriment de
l’approvisionnement de base. Le PS
relève que la généralisation de ces
agences, même si elles peuvent être
positives dans certains cas dans les
régions périphériques, risque fort
d’entraîner une réduction de l’offre
globale de la Poste, surtout dans le
domaine du trafic des paiements. De plus,
la qualité du conseil et la discrétion ne
sont plus assurées. Enfin, on perd le
contrôle démocratique sur le réseau
postal : si le magasin ou la boulangerie du
village, qui proposent des services
postaux, est fermé, l’offre postale
disparaît également et très probablement
définitivement.
Situation à Genève
Dans le canton de Genève, la Poste reste
un employeur important et les vagues de
restructuration y ont déjà supprimé des
centaines d’emplois depuis 2002. Genève
a résisté à ces réorganisations en vain.
Douze offices de poste ont fermé
boutique (Grand-Pré, Miremont, Grange-
Canal, Cartigny, Presinge, Choulex,
Céligny, Russin, Dardagny, Athénaz,
Soral et Laconnex), alors que sept sont
devenus de simples filiales. Au centre de
tri de Montbrillant, redimensionné, il ne
restera plus à terme que 200
collaborateurs, contre 800 il y a quelques
années. Quant à la douane-poste, appelée
à disparaître, 30 employés sur 40 ont reçu
leurs lettres de licenciement début mai.
Habitant-e-s, Conseil d’Etat, Grand
Conseil, Conseil municipal de la ville de
Genève, syndicats et partis politiques,
avaient affirmé leur opposition à ces
fermetures d’offices de poste et ce, dans
l’intérêt du canton, tant du point de vue
social qu’économique. A plusieurs
reprises depuis 2001 ils ont exprimé leurs
inquiétudes et leur mécontentement face
à la politique menée par la Poste.
Bien qu’aucun détail du nouveau projet
ne soit disponible pour le canton, les
syndicats sont très inquiets, car ils
estiment que les impacts sur les emplois
seront bien plus importants que les
suppressions déjà annoncées.
La suite
La Poste doit négocier sans retard avec
les syndicats sur la mise en oeuvre de la
première étape du projet Ymago. Un tel
projet ne doit pas être réalisé au détriment
du personnel. Si La Poste ne revient pas
sur son plan de réorganisation, des
manifestations des postiers sont déjà
annoncées pour le lundi 27 novembre à
Lucerne et Neuchâtel. Il est ensuite prévu
d’en organiser au Tessin, à St-Gall, Berne,
Zurich, Lausanne et Genève.
Ce qui suivra la première étape du
projet de réorganisation, qui s’achèvera
fin 2008, n’est pas clair. Parmi les
questions que se posent : une partie des
filiales postales sera-t-elle totalement
fermée ? La conduite d’agences postales
vaut-elle la peine ou le travail sera-t-il
effectué par un buraliste à temps partiel
en propre exploitation ? La Poste veut-elle
externaliser d’autres parties du service
universel postal ? Quels sont les objectifs
de La Poste pour les prochaines cinq, dix
ou quinze années ?
Enfin, la Poste qui s’est lancée ces
dernières années dans de coûteuses
opérations marketing ne cesse de justifier
sa politique par le déficit du réseau
d’offices de poste. Mais rappelons que
l’entreprise se porte bien, et les bénéfices
annoncés ces dernières années nous le
démontrent. Cette année, son bénéfice
devrait dépasser les 800 millions de
francs. N’est-ce pas suffisant pour
maintenir un réseau d’offices de poste
moderne, qui réponde aux besoins de
l’ensemble de la population ?
Diana Rizzolio