Le 16 octobre 2006, le comité directeur du
Parti socialiste genevois s’est
prononcé en faveur du transfert
d’actifs de l’Aéroport international de
Genève (AIG), de SIG et des TPG. L’assemblée générale du 21 novembre a également pris position en faveur de ces transferts d’actifs.
Explications.
La question des transferts d’actifs doit
être examinée sous l’angle d’un seul
critère : l’opération proposée est-elle
favorable à la bonne exécution du service
public, défendue par les socialistes et au
renforcement d’établissements publics
solides et efficaces ? La réponse étant
clairement oui, il faut soutenir cette
opération, comme l’a décidé le comité
directeur du PSG il y a un mois.
Rappelons que les établissement visés
par le transfert sont des entités
appartenant à 100% à l’Etat, mais qui
assument leurs investissements et leur
fonctionnement (l’AIG, par exemple, le
fait entièrement depuis 1994). Toutefois,
rappelons également que les Socialistes
sont résolument opposés à toute
privatisation qu’ils combattront si elle est
proposée, qu’il y ait eu ou non transfert
d’actifs.
Aéroport
A ce jour, l’AIG a déjà procédé à de très
nombreux investissements pour améliorer
la qualité de la desserte (nouvelles jetées
frontales, nouveau système de tri
bagages, etc.). Depuis 1994, l’AIG
rembourse la dette afférente à ces
investissements, sans cependant être
propriétaire des actifs.
Le transfert des actifs ne concerne que
les bâtiments et non le terrain. Le projet
de loi que nos député-e-s devraient voter
cette semaine permettrait de payer un
droit de superficie à l’Etat, ce qui n’est pas
le cas actuellement. Au vu de la loi en
vigueur, et dont la modification n’est pas
du tout à l’ordre du jour, il serait
impossible de vendre l’établissement à un
tiers.
Enfin, l’AIG verse 50% voire 66% de
son bénéfice net à l’Etat. (ce bénéfice
tourne autour des 25 millions par an). Cet
état de fait perdurera. Il est évident que
plus le prix du transfert est élevé plus le
bénéfice diminuera.
Quant à la privatisation elle est en
théorie toujours possible, si les députés
décidaient de changer la loi, qu’il y ait ou
non transfert d’actifs. Ainsi, si le transfert
n’est pas accepté cela ne rend pas
impossible ou plus difficile une
privatisation.
TPG
Dans le cas des TPG, les objectifs et
principes retenus par le Conseil d’Etat
pour les opérations de transfert d’actifs
représentent concrètement les avantages
suivants :
· désenchevêtrement des droits de
propriété et des responsabilités
financières par l’application
généralisée de la règle "les terrains à
l’Etat de Genève - les bâtiments et
infrastructures d’exploitation à
l’établissement public autonome" ;
· mise en évidence des coûts réels dans
les comptes des TPG (élément
important car l’entreprise appliquera
les normes comptables IPSAS dès
l’exercice 2007 et qu’elle joue un rôle
pilote dans le cadre des entreprises
suisses de transport public) ;
· responsabilisation des TPG dans
l’utilisation de leurs infrastructures et
leur développement futur.
En ce qui concerne les modalités
financières du transfert, le montage
décidé en définitive par le Conseil d’Etat
est un peu moins favorable pour les TPG
que ce qui était envisagé au début des
négociations. Alors que le prix
d’acquisition des actifs devait
initialement être financé presque
entièrement par une augmentation du
capital de dotation de l’entreprise, cette
augmentation ne sera en définitive que de
35%. Le solde devra être décaissé par les
TPG, qui devront emprunter sur le
marché des capitaux pour obtenir les
liquidités nécessaires.
Afin d’éviter que les coûts de
l’opération n’affectent la fourniture des
services publics de transport exigés des
TPG, l’Etat de Genève fournira sa
garantie pour cet emprunt. Quant aux
charges financières (intérêts et
amortissements) et aux autres charges
induites par le transfert d’actifs, elles
seront couvertes par une augmentation de
la subvention annuelle de fonctionnement
des TPG, de sorte que l’opération peut
être jugée dans son ensemble comme
favorable pour l’entreprise.
SIG
En ce qui concerne SIG, les actifs
concernés sont : les constructions et
installations de l’usine d’incinération des
Cheneviers, les constructions et
installations de la STEP d’Aïre ainsi que
la construction et l’installation
d’alimentation des eaux de la nappe
phréatique de l’Arve.
Solidité et pérennité du service public
Etre propriétaire des outils nécessaires à
son activité, tel que c’est le cas pour
l’ensemble des prestations publiques de
SIG (électricité, gaz et eau potable), est le
seul moyen qui permette de planifier les
indispensables investissements
garantissant la fiabilité et la qualité des
installations. Pour les Cheneviers, dans
les cinq prochaines années, des décisions
d’investissements devront être prises pour
un montant global d’environ 90 millions.
L’usine d’incinération genevoise est la
moins rationnelle et la plus coûteuse du
pays. Actuellement, la location à l’Etat de
ces installations "plombe" les comptes et
rend cette activité déficitaire ce que, par
ailleurs, n’autorisent pas les ordonnances
fédérales sur la concurrence (COMCO).
Ces charges passant aux amortissements
dans le cas de l’achat de ces actifs, cela
permettra d’équilibrer les comptes et ainsi
de maintenir la taxe d’incinération aux
collectivités à un niveau raisonnable.
Aujourd’hui, le traitement des déchets
spéciaux, activité en totale concurrence,
est très largement déficitaire, ce qui
signifie que les communes, donc la
population, subventionnent involontairement
les coûts de toute l’industrie
chimique notamment. Seul SIG a les
moyens d’envisager industriellement
l’ensemble des importants défis que doit
relever le canton dans le cadre de
l’élimination des déchets dans le respect
des lois et du développement durable, axe
majeur et prioritaire dans les valeurs que
s’est fixées l’entreprise. C’est également
SIG qui peut promouvoir un plan
industriel partagé et accepté par les
collectivités franco-valdo-genevoise, ce
que défendent avec force les socialistes.
Ces arguments valent tout autant pour la
station d’épuration d’Aïre, sauf à
considérer qu’ici, l’outil est de bonne
qualité et qu’il n’est pas nécessaire
d’envisager une réparation, contrairement
aux Cheneviers.
Le métier industriel n’est, à l’évidence,
pas celui de l’administration publique.
Maintenir un contrat de prestations tel
qu’aujourd’hui dans des installations de
l’Etat ne permettra pas d’optimiser ces
dernières et l’outil se dégradera,
immanquablement. Un appel d’offres sera
lancé tôt ou tard et de grandes régies au
capital privé seront à même de faire des
prix alléchants. Nous perdrions alors la
maîtrise de prestations publiques qui
passeraient au régime privé.
Santé financière et rôle de l’Etat
L’achat des ces installations par SIG
générera pour l’Etat une recette de près
d’un demi-milliard. La santé financière de
SIG ne sera nullement mise à mal, au
contraire. SIG a d’ores et déjà obtenu la
garantie de prêts à des conditions très
favorables dans le contexte de l’entreprise
publique qu’est SIG, ces conditions sont
moins bonnes que ce qu’obtiendrait l’Etat
(qui, pour chaque emprunt, augmente une
dette déjà considérable) ou que s’il
s’agissait d’une société anonyme de droit
privé (ce qu’à tous points de vue nous ne
voulons pas). Cela n’empêche pas SIG de
démontrer qu’à l’horizon 2011, la dette de
l’entreprise se situera aux environs de 250
millions, ce qui est acceptable pour une
entreprise dont le chiffre d’affaire
approche le milliard.
Les terrains restent propriété de l’Etat
avec un droit de superficie. En aucune
manière ce transfert ne diminue
l’indispensable contrôle des collectivités,
particulièrement celui de l’Etat, sur
l’entreprise qui est leur propriété à cent
pour cent. L’hypothèse de revente de tout
bien de SIG quel qu’il soit n’est
simplement pas possible sans
l’autorisation de l’Etat. Imaginer dès lors
que ce transfert rapproche SIG de la
privatisation ne tient pas, puisque SIG est
déjà propriétaire de son important et vaste
patrimoine pour l’ensemble de ses
activités, mis à part les récentes
prestations liées à l’environnement.
A cet égard, un autre projet de loi,
émanant de la droite, actuellement à
l’étude au Grand Conseil et visant en
apparence la seule réduction des conseils
d’administration de nos entreprises
publiques, comporte tous les prémices et
les dangers de la privatisation. Une telle
loi, associée à l’affaiblissement et à
l’incapacité d’être performantes de nos
entreprises publiques, ce à quoi
conduirait un refus de transfert d’actifs,
représente un réel danger.
Autres établissements publics
L’intention du Conseil d’Etat est de
procéder aux transferts d’actifs pour les
établissements publics autonomes. Cela
concernera donc aussi l’hôpital,
l’université et la FTI à terme. Le transfert
d’actifs fait partie des mesures pour la
réhabilitation des finances publiques. Il
faut assurer de façon pérenne ces
entreprises.
Le PSG n’a pris
position que sur les transferts d’actifs de
AIG, SIG et TPG. Il a décidé de remettre
la question des transferts d’actifs à l’ordre
du jour lorsque cette problématique
concernera d’autres établissements
publics, et en particulier les HUG.
Lorella Bertani
Daniel Mouchet
Thierry Tanquerel
Marco Ziegler