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Laurent Moutinot, un socialiste en actes

Laurent Moutinot, un socialiste en actes

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C’est avec une émotion toute particulière que je prends la parole aujourd’hui pour rendre hommage au nom du Parti socialiste à Laurent pour son engagement en sa qualité de Conseiller d’Etat. J’ai eu en effet le privilège d’accompagner Laurent sur une partie de ce chemin en qualité de collaboratrice et Laurent me pardonnera, je l’espère, de transgresser les frontières de nos territoires respectifs d’alors pour accompagner ce témoignage d’un regard « de l’intérieur ». Ce moment n’aura rien d’une notice biographique, mais tentera de saisir dans les grandes lignes les graines que Laurent a semées, les ouvertures et les projets d’aujourd’hui et de demain que nous, socialistes, devons poursuivre ou réinventer. Dès 1997, Laurent s’est en effet engagé au Département de l’aménagement, de l’équipement et du logement (DAEL) dont la nouvelle appellation ancrait la volonté de travailler sur l’ensemble des échelles du territoire - de l’urbanisme à la construction - et celle de prévoir les équipements publics qui sont liés à tout projet de qualité, en matière culturelle, scolaire, infrastructures... Ses 8 années au DAEL ont notamment été marqués de ce point de vue par une impulsion nouvelle donnée à la question du logement - les missions de l’Office cantonal du logement (OCL) ont été repensées et affinées et dès le 1er mars 2004, l’OCL prenait une nouvelle dénomination, « Direction du logement », par analogie avec les autres directions du département, mais surtout pour signifier sa pleine intégration dans la politique générale du département. Le travail professionnel en aménagement du territoire nécessite un « projet » au sens fort du terme qui doit être porté, défendu, qui suscite passions, enthousiasmes, déceptions, combats... Le temps long s’accomode mal des solutions simplistes, sans approche culturelle de la ville. On oublie très souvent que c’est un long processus dans l’ombre qui aboutit à l’acte de construire. En ce sens, Laurent est un travailleur de l’ombre et il a tissé avec une équipe, celle de son département, une trame sur le territoire où aujourd’hui les projets sont appelés à trouver leur place et leur cohérence. Laurent a ainsi fait aboutir les travaux du plan directeur cantonal qui, après avoir été adopté par le Grand Conseil en septembre 2001, a été approuvé par la Confédération en mars 2003. Est-il besoin de rappeler que le plan directeur engage les autorités de tous les niveaux et sert de fondement aux décisions en aménagement du territoire ? Les plans directeurs localisés (plans directeurs communaux et plans directeurs de quartier) ont fait leur entrée dans la législation genevoise, par le vote du Grand Conseil de novembre 2002 modifiant la LaLAT. Le plan directeur communal est un acte majeur puisqu’il fédère le politique autour du projet et oriente ce que sera l’avenir d’un territoire donné. Il matérialise les lieux de l’activité humaine. C’est donc autour du plan directeur communal que nous socialistes, dans nos communes respectives, pouvons construire un projet de ville qui concrétise un tant soit peu notre projet de vie. J’ai parlé de plan directeur de quartier. Laurent a porté celui du Jardin des Nations et la naissance de celui de la Gare des Eaux-Vives adopté récemment où le projet de Nouvelle Comédie verra enfin le jour. C’est ce même instrument que nous sommes plusieurs à avoir défendu ici pour le projet du PAV puisqu’il permet un travail de projet concerté entre les communes et le canton. Oui Laurent est associé à ce temps long et qui dira un jour combien son action a dû tenir compte de cette contrainte ? Rappelons son engagement pour un premier train de mesures en faveur de la construction de logements, consistant à déclasser 12 périmètres en zone villas en vue d’une densification et permettant à terme de réaliser 3’000 logements. Effectivement, le déclassement de la zone villas n’est pas une mesure qui attire la sympathie ! Mais Laurent a su répondre à l’exigence du droit au logement que nous défendons tous et toutes. Un deuxième train de mesures touchant notamment la zone agricole a consisté à engager des études d’aménagement sur quatre nouveaux périmètres, en vue de réaliser environ 6’500 logements. Relevons plus particulièrement les périmètres suivants : PAC Frontenex - la Tulette (Chêne-Bougeries, Cologny), Les Vergers (Meyrin), PAC Mon Idée - Communaux d’Ambilly (Thônex et Puplinge). Effectivement, il faut du courage à Genève pour assumer l’acte de construire, oser lever le tabou de la zone agricole, déclasser, oser le projet... Pour l’ensemble de ces dossiers, Laurent a payé le prix fort de son engagement. Qui rappellera les assemblées publiques hostiles à tout projet ? L’assemblée du 29 septembre 2005 à Thônex juste avant les élections où Laurent a poursuivi sans relâche la défense du projet des Communaux d’Ambilly en présentant son avant-projet ? D’autres camarades ont également subi des revers pour avoir pris place dans ce combat pour la construction de logements à cet endroit... je pense à notre camarade Anni Stroumza. Qui dira qu’aux Communaux le plan directeur de quartier était en cours d’élaboration et un projet de modification du régime des zones engagé lors de la deuxième législature de Laurent ? Que s’est-il passé ces longs mois, ces derniers 4 ans ? C’est une autre histoire à l’image de ces grues tant promises, toujours attendues et qui ne sont pas encore venues ! En fin de législature 2001-2005, un troisième train de mesures a été engagé. Il a consisté à favoriser l’élaboration de plans localisés de quartier (PLQ) dans les secteurs de la zone de développement où subsistait un potentiel à bâtir. Compte tenu de l’ampleur de cette opération et animé par un souci d’efficacité, le DAEL a agi en relation avec l’Association des promoteurs constructeurs genevois (APCG) pour insuffler une dynamique de réalisation. Ainsi, 11 PLQ ont été mis à l’enquête publique en avril 2005 représentant un potentiel d’environ 800 logements, ce qui correspond à un nombre de 1’700 à 2’000 habitant-e-s. Cette première série de sites a été complétée en septembre 2007 par une deuxième série de 17 PLQ, pour un potentiel de 2’200 logements et 5’000 habitant-e-s. C’est notamment dans ce cadre que j’ai agi avec des collègues et Laurent a fait preuve d’ouverture et d’efficacité sans dogmatisme. De cette confiance, de cet enthousiasme, je lui suis redevable et je tiens à le dire en ce moment particulier. C’est sur ces territoires qu’aujourd’hui des projets de construction trouvent place et cohérence et que demain encore, ils se développeront. Comment ne pas se souvenir également des grandes opérations de réalisation (Cressy, Le Pommier, Batelle) qui ont fait l’objet d’un accompagnement opérationnel facilitant le déroulement de la planification et de la construction ? Oui, ce métier de passeur, Laurent l’a assumé avec conviction ; de cela je peux témoigner. Ce territoire, il l’a préparé également pour recevoir de grands projets d’infrastructures tel le CEVA tout en ménageant des espaces de qualité, dont le projet d’aménagement en coulée verte de la surface actuellement occupée par la ligne ferroviaire Eaux-Vives - Annemasse. Sans parler du réseau de tram... Sous l’égide de la Direction du génie civil du DAEL, le chantier de la section de tram "Acacias" s’est terminé dans les temps et la section de tram « Grand-Lancy » (Lancy - Pont-Rouge à Lancy - Palettes) a été lancée. Et c’est avec Laurent encore que la concession fédérale d’infrastructure pour la section de tram « Cornavin - Meyrin - CERN » (TCMC) a été octroyée par le Conseil fédéral en novembre 2003. Comment encore ne pas mentionner sa politique en faveur des espaces verts ? La législature 1997-2001 a vu l’engagement d’un train de mesures pour pérenniser 55 espaces verts existants, par la création de zones de verdure. Puis la législature 2001-2005 a vu se concrétiser un second train de déclassements, visant surtout la création de nouveaux parcs, ainsi que d’autres mesures d’accompagnement. Cette ambition n’a pas été relevée par la suite… ni par le département du territoire, ni par le département des constructions et des technologies de l’information. De façon plus large, Laurent a donné les moyens pour renouveler le débat sur le logement social, notamment en alimentant les travaux législatifs relatifs au projet de loi sur les logements locatifs économiques pérennes, l’ancêtre du fameux projet sur les logements d’utilité publique, en tissant des liens, là encore, avec des penseurs du logement social et des architectes engagés sur cette problématique lors des Journées du logement notamment et en permettant l’éclosion du projet de l’Herbier du logement cher à mon camarade Daniel Marco qui l’a animé et porté jusqu’à son décès. Permettez-moi une anecdote qui dit beaucoup de Laurent. Laurent déjà au département des institutions, me racontant avec passion un week-end de visites architecturales à Zürich et dessinant sous mes yeux une typologie d’appartement qu’il avait appréciée. Lors de la campagne de 2005, Laurent a rappelé ses priorités en matière de grands projets, anticipant et rejoignant en cela le discours des référendaires sur le PAV… un mirage faisant oublier que les Communaux d’Ambilly, La Chapelle-les-Sciers et les Vergers méritaient toute notre énergie…Il en a payé le prix fort et a vu le DAEL scindé, une blessure que nous sommes beaucoup à avoir ressentie. Les effets catastrophiques de cette décision se font aujourd’hui encore cruellement ressentir. On ne sépare pas les questions de l’aménagement de celles du logement, sauf pour ne pas construire ! Puis, ce fut l’aventure du département des institutions. Laurent fort de son engagement sans faille pour les droits humains a cherché à cimenter les projets et actions du département des institutions autour de la conviction partagée que droits et sécurité des personnes se déclinent ensemble. Il a donné une visibilité plus forte au Service pour la promotion de l’égalité entre homme et femme, au Bureau du délégué aux violences domestiques, au Service de la solidarité internationale et au Bureau de l’intégration des étrangers, en créant l’Office des droits humains, actif depuis avril 2008. Il a su amener à son terme le projet de réorganisation de la police dans le but de rendre la police plus efficiente, tout en revalorisant le métier de policier, réorganisation dont le Grand Conseil a été saisi en septembre 2009. Il a également dessiné les lignes de la politique pénitentiaire de ces prochaines années ; suite aux Assises pénitentiaires organisées par le département en juin 2009, dans un rapport que le Conseil d’Etat a transmis en septembre dernier au Grand Conseil. Autant de travail de longue haleine dont les orientations et la concrétisation marqueront durablement les domaines de la sécurité ces prochaines années. Dans le débat controversé sur la sécurité, il a su apporter une contribution forte aux débats du PSS en réaffirmant ses engagements socialistes et en n’hésitant pas à qualifier le texte comportant les premières positions du PSS sur la question de « globalement inacceptable »... Il a su rappeler que « la justice sociale, c’est la meilleure réponse. On est pile dans le programme du Parti socialiste. Pour ne pas être en proie à la peur, il faut se sentir reconnu socialement, avoir des garanties en termes d’emploi, de logement et de pouvoir d’achat. » J’aimerai relever son sens de la « res publica » qui a inspiré le respect de ses proches collaborateurs et collaboratrices et de nombreuses personnes qui l’ont côtoyé. Ainsi que le respect qu’il a toujours témoigné à l’ensemble de ses collaborateurs et collaboratrices. Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui ont relevé le plaisir de travailler à ses côtés avec sérénité, sa simplicité avec laquelle il s’est adressé à elles, à eux, autant de valeurs socialistes mises en acte dans le domaine du travail. Laurent a dit de lui-même : « Je n’ai pas fait des promesses que je n’ai pas tenues. (A propos d’un projet conduit...) sans en faire tout un fromage. J’avais dit : je le ferai, et je l’ai fait. » Oui faire sans bruit, sans excès. Effacement que beaucoup dont les siens dans son propre parti lui ont reproché, y compris dans sa politique de communication. Si parfois j’ai moi-même souhaité qu’il se mette en colère contre certains propos ou situations, j’ai compris que son silence n’était pas absence. Je peux témoigner de sa capacité d’indignation restée intacte malgré l’exercice du pouvoir. Jamais il n’a abandonné la lutte pour les plus faibles et souvent, toujours avec discrétion, il est intervenu pour régler des situations délicates dans la mesure de ses possibilités. Mais cela doit rester du domaine du non-dit. Oui, Laurent tu n’as pas la crainte de déplaire en privilégiant l’intérêt collectif et, après ce voyage avec toi-même que tu vas entreprendre, reviens-nous, cher Laurent, cher camarade, avec des projets... et pourquoi pas celui de renouveler le projet d’agglomération comme tu l’as exprimé récemment. Discours de Nicole Valiquer Apéro de rentrée du PSG, UOG, 5 février 2010

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