Munitions dans le lac : l’Etat doit agir !

Jusqu’à 1000 tonnes de munitions abandonnées reposeraient au fond de la partie genevoise du lac Léman. Tôt ou tard, celles-ci libèreront leur contenu, explosif ou chimique, et provoqueront une pollution majeure et à grande échelle si rien n’est entrepris dans l’intervalle pour contenir ce danger. Par le dépôt ce jour d’une proposition de motion au Grand Conseil, les Socialistes dénoncent l’inaction du Conseil d’Etat et exigent que des mesures d’assainissement soient prises sans délai.

Une bombe à retardement dans le lac

Grenades, obus, têtes de missiles ou encore cartouches de fusil : plusieurs centaines de tonnes de matériel militaire reposent au fond du lac. Ce n’est en effet qu’en 1962 que les autorités genevoises ont interdit la pratique, choquante aujourd’hui mais courante au siècle dernier, consistant à se débarrasser de stocks d’armement en tous genres en les immergeant dans les lacs.

Des recherches scientifiques ont mis en lumière les risques importants, tant pour l’environnement qu’en termes de sécurité et de santé publique, que peuvent représenter ces munitions en pleine corrosion. On ignore en effet tout ou presque du type et de la nature de ces armes, qui pourraient fort bien contenir du cyanure, des métaux lourds ou encore des agents chimiques cancérigènes. En outre, certaines munitions sont situées à faible profondeur, soit à la merci de plongeurs amateurs, tandis que d’autres gisent à proximité immédiate de points de captage d’eau destinée à la consommation des Genevois-es.

Si la vitesse de corrosion est difficile à estimer, celle-ci est bien réelle et tôt ou tard, ces munitions répandront dans le lac le poison qu’elles ont dans le ventre, mettant ainsi en péril la santé des citoyen-ne-s et l’équilibre de l’écosystème lacustre.

« Il est urgent de ne rien faire »

Mais tout cela n’émeut pas nos autorités, ou si peu. Interpellé déjà en 2017 à ce propos, puis de nouveau il y a quelques mois[i] après que de nouveaux éléments ont été découverts, le Conseil d’Etat persiste et signe : « l’impact réel sur l’environnement et l’homme est loin d’être avéré », il n’est donc pas nécessaire d’entreprendre des démarches en vue de l’assainissement du site.

Un refus aussi sec d’entrer en matière laisse pour le moins perplexe lorsque l’on sait qu’à l’exception de quelques rares repérages, aucun travail d’inventaire sérieux n’a jamais été initié par le Canton. Ainsi donc, de l’aveu même du Conseil d’Etat : « une grande incertitude demeure sur le nombre et l’emplacement des sites ». Cela devrait inciter à la plus grande prudence ; il n’en est rien.

S’appuyant sur un rapport vieux de 8 ans de l’Office fédéral de l’armement, le Conseil d’Etat se borne à répéter que les analyses à ce jour sont bonnes et le danger minime car les munitions seraient recouvertes par plusieurs dizaines de centimètres de sédiments. Cette assertion a pourtant rapidement été mise en doute par les experts, jusqu’à être empiriquement contredite par les observations d’une association environnementale.

Un bien lourd héritage pour les générations futures

Le Parti socialiste dénonce la posture attentiste et irresponsable du Conseil d’Etat qui justifie son inaction par le caractère latent du danger en présence. Or le risque grandit de jour en jour et attendre encore promet de léguer un bien lourd héritage aux générations futures. Pour éviter cela, il est impératif que des mesures soient prises dès aujourd’hui pour cartographier les emplacements et faire un inventaire précis des types de munitions et de leurs contenus, préalables indispensables à l’assainissement complet du site qui s’impose. C’est tout le sens de la motion déposée aujourd’hui : pour éviter qu’une catastrophe ne se produise, il faut sortir de l’eau au plus vite ces munitions qui n’auraient jamais dû y entrer.

Lien vers la motion

Pour plus d’informations :

  • Salima Moyard, députée et auteure de la motion (079 302 53 56)
  • Léna Strasser, députée et cheffe de groupe (076 615 75 49)
  • Caroline Marti, députée et vice-présidente du PS Genevois (079 796 36 23)

[i] QUE 642 et QUE 1194