Le 7 mars, renforçons les mailles du filet social !

Par Thierry Apothéloz,
Conseiller d’état

Le 7 mars prochain, les Genevois-es seront amené-es à se prononcer sur la loi relative à l’indemnisation pour perte de revenus liée au Covid (L 12723). Acceptée de justesse au Grand Conseil grâce à une majorité de circonstance, cette loi a immédiatement fait l’objet d’un référendum lancé par le MCG et l’UDC. Leur argument principal ? La lutte contre le travail au noir et la chasse aux personnes sans statut légal, qui font en effet potentiellement partie des bénéficiaires prévus par le périmètre de cette loi novatrice et ambitieuse proposée par le Conseil d’État. À l’heure où l’urgence est devenue humanitaire, il n’est plus temps de regarder la couleur du passeport pour assurer des conditions de vie dignes à celles et ceux qui participent pleinement à la prospérité de notre canton.

La crise pandémique que nous traversons a eu des conséquences sanitaires dramatiques, accompagnées d’effets dévastateurs sur le plan économique et, bien entendu, également sur le plan social. Les longues files d’attente pour des denrées alimentaires aux Vernets, auxquelles nous avons assisté au printemps dernier, sont encore dans toutes les mémoires. Car si notre système social, nos assurances et nos filets de sécurité face à l’adversité de la vie sont solides et efficaces, il faut être conscient que nombreux-ses sont celles et ceux qui passent au travers, en raison de leur statut professionnel ou légal. Les millions investis à fonds perdus par la Confédération et les cantons ont permis de limiter la casse, mais une grande partie de la population échappe à toute forme d’indemnités.

Qu’il s’agisse de personnes ayant cotisé moins d’un an à l’assurance-chômage (pour le chômage), n’ayant pas un taux d’activité d’au moins 20% auprès du même employeur (pour le chômage partiel), ayant des activités intermittentes en dehors du secteur culturel, mais aussi de milliers de personnes cotisant valablement à l’assurance-chômage sans pouvoir bénéficier de ses prestations (car sans titre de séjour valable), de « faux indépendant-es », de travailleur-euses du sexe, d’étudiant-es pratiquant des petits jobs ponctuels, les situations pouvant conduire à une non-indemnisation sont pléthore.

C’est la raison pour laquelle sur mon initiative, et en concertation étroite avec les partenaires sociaux (syndicats et patronat), le Conseil d’État a déposé au mois de mai un projet de loi pour indemniser, à hauteur de 15 millions de francs, toutes les personnes – quel que soit leur statut légal – qui ont perdu tout ou partie de leurs revenus durant la première vague de l’épidémie avec une indemnisation similaire à celle offerte par l’assurance-chômage, à savoir 80% de la perte de revenu.

Le 7 mars prochain, il nous faudra envoyer un signal fort de solidarité à celles et ceux qui sont les premières victimes de la crise. Notre cohésion sociale est à ce prix.

 

Osons penser l’avenir en pleine crise !

Par Léna Strasser et Helena Verissimo de Freitas, Députées

 

Avant que la pandémie ne nous touche de plein fouet, la précarisation de l’emploi allait déjà en s’accroissant. La situation sanitaire de ces derniers mois n’a fait que mettre en lumière une problématique bien connue, celle des contrats de travail précaire.

Aujourd’hui, il y a urgence à imaginer l’avenir autour de cette question. Nous devons nous atteler à contrer la précarité du travail, à dépoussiérer et à repenser notre vision du monde du travail qui doit pouvoir assurer une vie digne lorsqu’on travaille mais également lorsque le temps est venu de prendre sa retraite. La loi attaquée par un référendum de l’UDC n’est pas seulement une aide financière, c’est également une reconnaissance de ces travailleuses et travailleurs essentiel-les à la bonne marche de la vie de chacune et chacun… et par là même à l’économie.

Faisons dès lors des propositions progressistes telles que celle d’un territoire zéro chômeur, et remettons sur la table des concepts connus comme une réduction du temps de travail et un revenu inconditionnel de base. Le plein emploi est devenu une utopie et l’écart entre les plus riches et les plus pauvres se creuse. Il est temps d’oser.

Prenons également en compte que nos assurances sociales ne correspondent plus aux parcours de vie d’aujourd’hui, non linéaires. Le modèle de la carrière dans une seule entreprise est dépassé, la flexibilité, l’évolution du marché du travail et des métiers a un impact fort sur l’AVS.

Afin que l’indemnisation proposée par le Conseil d’État puisse, enfin, atteindre ses cibles, votons joyeusement puis soyons créatif-ives et osons penser aujourd’hui aux modèles de demain.