Le canton: nouvel acteur de la petite enfance!

Par Anne Emery-Torracinta
Conseillère d’État

Pour mémoire, la loi sur l’accueil préscolaire qui entrera en vigueur en janvier 2020 est issue de l’adoption par la peuple du contre-projet à l’initiative 143 « Pour une véritable politique d’accueil de la Petite enfance » lancée, notamment, par les Socialistes.

Elle se caractérise par trois innovations principales : l’entrée du canton – certes encore modeste – dans le financement des places (aujourd’hui exclusivement du ressort des communes), une participation financière des employeurs par le biais d’un prélèvement sur la masse salariale, ainsi que la création d’une fondation pour l’accueil préscolaire regroupant les communes, le canton et les employeurs.

La fondation jouera un rôle clé pour mettre en place le cadre qui devrait permettre à terme de définir une véritable politique de la petite enfance à Genève. Ainsi, elle sera notamment chargée de déterminer un « taux d’offre » idéal à atteindre, c’est-à-dire le nombre de places à offrir pour répondre aux besoins des familles. Elle sera également responsable de la répartition de la contribution des employeurs et du canton selon un mécanisme tenant compte tout à la fois de l’effort fait par la commune concernée en matière de places d’accueil et de ses moyens. En d’autres termes, une commune « pauvre » qui s’approche du taux d’offre idéal recevra proportionnellement plus. Enfin, la fondation pourra aider financièrement les structures qui accueillent des enfants à besoins particuliers afin de permettre une prise en charge adaptée pour ces enfants et de ne pas laisser les familles concernées sans solution.

Alors qu’il manque à Genève entre 3000 et 4000 places d’accueil, la loi sur l’accueil préscolaire représente un premier pas important pour permettre de mieux répondre aux besoins des familles. Toutefois et contrairement à ce que demandait l’initiative de la gauche, elle reste incitative, les collectivités publiques n’ayant pas l’obligation d’atteindre le taux d’offre recommandé par la fondation. L’avenir nous dira s’il y a lieu de prévoir un jour une obligation en la matière, sachant toutefois que si certaines communes n’offrent pas plus de places, ce n’est pas forcément par manque de volonté, mais parfois faute de moyens suffisants. Ce qui repose la question des ressources des communes et de la péréquation financière existant entre elles aujourd’hui…

 

Pour une réforme de la gouvernance des crèches

Interview de Amanda Ojalvo, Conseillère municipale en Ville de Genève

 

Amanda Ojalvo est une éducatrice de l’enfance très active sur les questions de politique d’accueil préscolaire. Elle a été coprésidente de l’association genevoise des éducateur-rice-s de l’enfance, représentante à la commission paritaire de la CCT ville de Genève, ou encore membre de la commission cantonale petite enfance. Conseillère municipale depuis quelques mois, elle compte bien défendre la petite enfance et son personnel activement sur le plan politique.

Comment la nouvelle loi cantonale est perçue par le personnel de la petite enfance ?
Une participation plus active du canton est très bien perçue. A terme, une cantonalisation de la petite enfance serait idéale, mais le chemin est encore très long ! En ce qui concerne l’accueil des enfants à besoins particuliers, c’est une très bonne chose de pouvoir accueillir tout le monde, sans discrimination. Je m’inquiète toutefois des moyens que l’on donne aux équipes pour accueillir les enfants qui demandent un encadrement supplémentaire. Je me suis récemment occupée d’un enfant autiste. Le groupe n’était pas au complet, ce qui a permis à l’équipe de se concentrer sur l’accueil de cet enfant. Nous n’avons pas eu d’accompagnement ni de préparation quant à la prise en charge d’un enfant présentant un trouble du spectre autistique.

Tu as récemment déposé une motion en Ville de Genève pour demander de réformer la gouvernance de la petite enfance en ville. Concrètement, qu’est-ce que cette motion demande ?
Avec cette motion, nous invitons les autorités à mettre à jour une étude sur la municipalisation de la petite enfance. Il faut dire que la situation actuelle n’est pas optimale : la gestion des crèches n’est pas structurée, ce sont les comités qui sont les employeurs et un service de la ville se charge des aspects financiers.

Quels problèmes pose la municipalisation ?
Les employé-e-s de la petite enfance deviendraient des fonctionnaires communaux et verraient leurs conditions salariales améliorées. Cela coûtera cher à la collectivité et nous savons qu’il n’est pas facile de trouver des majorités pour défendre des projets coûteux, à l’heure où l’on annonce des budgets déficitaires. J’aime pourtant rappeler que la petite enfance coûte cher, mais que c’est un investissement qui rapporte beaucoup, pour la société dans son ensemble.

Quelles sont les revendications premières du personnel de la petite enfance ?
Je crois que ce qui nous importe avant toute chose, c’est la reconnaissance de notre travail et du service que l’on rend à la population. Nous avons entendu trop longtemps des politiques dire que n’importe qui pouvait s’occuper des enfants. Or c’est complètement faux. C’est un travail conséquent, qui n’est pas à la portée de toutes et tous.

Propos recueillis par
Frédérique Bouchet