Le logement est un droit pour toutes et tous!

Par Christian Dandrès
Conseiller national

Depuis plusieurs mois, les milieux immobiliers clament à qui mieux mieux que la crise du logement c’est du passé et que le libre-marché permettrait désormais à tout un chacun de se loger aux meilleures conditions.

Inutile d’avoir fait Saint-Gall pour constater qu’il n’en est rien et que les loyers continuent de prendre l’ascenseur, en particulier à chaque changement de locataire. Des dizaines de milliers de personnes, dans toute la Suisse, ne parviennent pas à trouver un logement ou alors à des loyers exorbitants.

La précarité du logement est une réalité bien présente. Réguler la construction de logements au niveau national est une nécessité.

L’ASLOCA Suisse propose, avec son initiative « Davantage de logements abordables », trois mesures pour répondre à cette réalité :
a) Tout d’abord, il faut construire pour toutes et tous.

L’initiative prévoit que dix pour cent des nouveaux logements devront être détenus par des maîtres d’ouvrages d’utilité publique (MOUP). Il s’agit de bailleurs qui s’engagent à appliquer des loyers fondés sur les coûts – donc non spéculatifs – et à entretenir ces logements dans une approche durable et de qualité.

L’initiative serait donc un soutien décisif aux coopératives qui répondent à ces exigences. Pour le canton de Genève, elle tombe à pic, alors que le Tribunal fédéral a cassé l’initiative 161 qui poursuivait un but similaire.

b) Pour que les collectivités publiques puissent s’investir en faveur de la réalisation de cet objectif, l’Initiative leur donnerait un droit de préemption sur les terrains en main de grandes régies publiques.

L’initiative répond également à la politique agressive de CFF immobilier SA qui réalise des opérations économiquement très rentables au détriment des futur-e-s habitant-e-s, comme par exemple la tour OPALE près de la gare de Chêne-Bourg. Cette politique est d’autant plus scandaleuse que ces terrains, situés à proximité des gares, avaient initialement été confiés aux CFF pour le besoin du service public. Le minimum serait que ces terrains servent l’intérêt public en accueillant des logements abordables.

c) Enfin, l’initiative fournit une réponse, à l’échelon national, à un phénomène de spéculation pervers.

Pour réduire la consommation d’énergie, il faut assainir les immeubles. C’est un avantage pour les locataires qui supportent les frais de chauffage et qui ont donc un intérêt à ce qu’ils diminuent. Il s’agit bien entendu aussi d’un impératif environnemental.

Mais il y a un hic.

Les rénovations et assainissements des immeubles entraînent de fortes hausses de loyers. A Genève, la LDTR – la principale loi cantonale de défense des locataires – limite la casse, mais pas pour l’éternité. Après 3 ou 5 ans, le contrôle s’arrête et les locataires peuvent recevoir des hausses de loyers. On constate ainsi que les travaux de rénovation entraînent fréquemment la perte de logements bon marché. L’initiative vise à combattre cette situation.

Le 9 février, votez et faites voter OUI à l’initiative de l’ASLOCA.

 

 

3 questions à Natalie Imboden,
Secrétaire générale de l’Asloca suisse


Pourquoi avoir lancé cette initiative ?
L’Asloca lutte contre la pénurie de logements abordables et l’augmentation des loyers. Mais le Parlement refuse systématiquement les propositions relatives à la construction de logements et à la protection des locataires. Il était donc temps de changer de méthode et de lancer une initiative, dans ce cas sur la construction de logements d’utilité publique. Ces derniers ont diminué car moins rentables pour les grandes entreprises immobilières (sociétés anonymes, fonds, assurances…) qui se taillent la part du lion dans le domaine. 47 % des logements loués appartiennent à des particuliers alors qu’ils représentaient 60% en 2000 !

Pourquoi le refus de la droite ?
Même si le Conseil fédéral reconnaît la difficulté de trouver un logement dans les agglomérations, son refus, et celui du Parlement, démontre que la lutte contre la spéculation est très difficile. Ce positionnement révèle à nouveau le poids des lobbies à Berne. Preuve en est, la présence embarrassante des élu-e-s PDC, tel que Daniel Fässler, Président de l’Association Immobilier Suisse qui propose ses services aux investisseurs, aux côtés d’UDC et du PLR dans la campagne du non.

Quelles chances de succès ?
Malgré une campagne très agressive de la part des opposants, l’Asloca reste confiante. Les dernières votations cantonales ont montré que le logement reste une préoccupation majeure de la population dans les villes mais aussi sur les sites touristiques. La victoire se gagnera si on arrive à démentir les mensonges propagés, notamment par le Conseil fédéral, comme l’annonce de loyers en baisse, ce qui est totalement faux !

Propos recueillis par
Eloisa Gonzalez