Pour une 2e chance de formation

Par Grégoire Carasso,
Député et auteur principal de la loi 12445
et Léna Strasser, Députée et cheffe de groupe

Julie et Albert ont 37 ans. Ils se sont rencontrés durant leur formation au terme de laquelle ils ont décroché un CFC dans la vente. Julie et Albert vivent ensemble à Genève avec leur fille de 10 ans. Cette jolie histoire ordinaire se corse lorsque l’entreprise pour laquelle travaille Albert met la clé sous la porte, emportée par la concurrence du commerce en ligne.

Albert bénéficie alors du chômage. Il enchaîne les postulations et mesures (comment rédiger son CV, développer son réseau, etc.), sans succès. Julie, bien placée pour constater les perspectives négatives dans la vente, essaie de le convaincre de se lancer dans un nouveau projet – Albert a longtemps souhaité être infirmier.

Seulement voilà : le chômage n’autorise pas la reconversion professionnelle… Et même s’il renonçait à ses allocations pour entamer sa nouvelle formation, Albert ne pourrait même pas compter sur une petite bourse étudiant – elles sont réservées aux moins de 35 ans.

Arrivé en fin de droit, il est venu grossir, en septembre dernier, les rangs des bénéficiaires de l’Hospice et montre des premiers signes inquiétants pour sa santé.

C’est pour écrire une autre fin à cette histoire, et à tant d’autres, qu’une large majorité du Grand Conseil a suivi le Parti socialiste et décidé, le 28 février 2020, de modifier la loi sur les bourses et prêts d’études de la manière suivante :

• Introduction de l’objectif de reconversion professionnelle
• Suppression de la limite d’âge de 35 ans
• Déplafonnement du montant des bourses, de 16’000 à 40’000 francs par an au maximum

Dans la situation d’Albert, en tenant compte du revenu de Julie, du coût de leur 4 pièces et de leur fille à charge, la bourse s’élèverait à environ 25’000 francs par an afin d’assurer au ménage un minimum vital décent.

Combien coûtera ce nouveau dispositif dans son ensemble ? Impossible à évaluer avant les premiers semestres de mise en œuvre. Mais ce qui est d’ores et déjà certain, c’est que la bourse d’Albert ne sera pas une nouvelle charge.

Il s’agit d’une charge qui est, en fait, transférée de l’Hospice au Service des bourses. Une charge pour 3 ans de formation, à mettre en balance avec le coût humain et financier potentiel d’une vie à l’aide sociale.

Enfin, il s’agit d’une bourse qui permet de redonner une perspective de vie et d’emploi dans un monde dur, qui change vite, et face auquel il était urgent d’adapter nos prestations publiques.