Violences faites aux femmes : encore un long chemin à parcourir

Par Laurence Fehlmann Rielle,
Conseillère nationale

Depuis le mouvement #MeToo et la grève féministe de 2019, le sexisme en général et les violences faites aux femmes en particulier sont revenus sur le devant de la scène.

Ce développement est réjouissant car il amplifie et actualise les revendications des féministes mobilisées depuis des décennies qui étaient perçues auparavant comme trop avant-gardistes. Le fait que des jeunes femmes osent de nouveau s’affirmer comme féministes apporte un regain de dynamisme et garantit que la relève sera assurée.

Le Parlement fédéral a ratifié la Convention d’Istanbul en 2018 (protection contre les violences faites aux femmes). En septembre 2020, j’ai déposé un postulat demandant que l’on intègre des dispositions législatives sur la lutte contre les violences faites aux femmes dans la loi sur l’égalité ou que l’on prévoie une base législative distincte. Les données statistiques font état du meurtre d’une femme tous les quinze jours par son mari, ex-mari ou compagnon. Elles montrent aussi une augmentation des délits contre l’intégrité sexuelle. Il y a donc lieu d’agir sur plusieurs fronts, à savoir la sensibilisation, la formation des professionnel-les confronté-es à ces problèmes et prévoir des ressources pour combattre ce fléau.

La réponse du Conseil fédéral est insatisfaisante : il ne souhaite pas adapter la législation et estime que les mesures de coordination avec les cantons et les projets supervisés par le Bureau fédéral de l’égalité dans ce domaine sont suffisants. Le crédit-cadre de CHF 3 millions récemment voté par le Parlement paraît néanmoins bien maigre à l’échelle du pays. Par comparaison, le budget du canton de Genève est de 4,2 millions de francs pour le même objectif ! On attend maintenant le premier rapport que le Conseil fédéral présentera au Conseil de l’Europe en juin 2021 sur l’application de la Convention pour relancer le débat.

D’autres enjeux d’importance nous attendent en 2021, à savoir la révision du droit pénal sexuel où la définition du viol devrait être élargie et la notion de consentement être intégrée aux nouvelles dispositions. Cette mesure fait l’objet d’une campagne très soutenue d’Amnesty International et des réseaux féministes afin de préparer le terrain parlementaire.

Mais il reste encore du chemin à parcourir pour faire bouger le Parlement : le récent vote de la Conseillère aux États Johanna Gapany, qui a fait échouer la motion demandant le lancement d’une campagne contre le sexisme, en est une illustration affligeante. Cela montre une fois de plus l’importance des pressions que doit exercer la société civile.